lundi 28 mai 2018
Les hommes savent bien ce que les autres hommes ont dans la tête
Car tous les hommes « savent bien ce que les autres hommes ont dans la tête ». Mais ceci est encore une autre histoire pour un autre billet...
En écrivant ces lignes je ne pensais pas plus loin que le fait que ça puisse donner matière à un autre article. Mais visiblement, la lecture de cette phrase en a frustré plus d'un et plus d'une qui est "resté sur sa faim". Je vais donc arrêter de repousser ma logorrhée et me mettre à écrire mes pensées. Mais autant dire que ça ne va pas être simple de mettre au clair le fouillis de pensés que m'inspire cette simple phrase.
Il y a tellement de chose dans cette petite phrase que je ne sais pas trop par où commencer. Essayons avec un peu de contexte, je suis un homme, hétéro, cis-genre, européen ayant une vie tout ce qu'il y a de confortable. Et si mon enfance n'a pas été rose, maintenant je n’ai plus à me plaindre. Autant dire qu'à la loterie de la vie, je fais plutôt partie des chanceux. Pourquoi cette mise en contexte ? Hé bien tout simplement parce que cette phrase en tant qu'homme éduqué dans notre société française actuelle, il fut un temps où j'y ai cru.
En tant que petit garçon on nous apprend que pour nous c'est normal d'avoir envie de jouer à touche-pipi, on glorifie nos envies sexuelles si nous commençons à montrer de l'attirance pour "les filles". D'ailleurs les pères se félicitent que leurs fils soient des tombeurs, ils se tapent dans le dos et congratulent leur couillu quand il a enfin trouvé une donzelle qui a bien voulu les déniaiser, et lui souhaitent par la suite plein de conquêtes et espère qu'il sera un bon coup car il en va de l'honneur des hommes de la famille.
A contrario, s'ils ont une pissouse, la première question qu'ils vont se poser entre eux c'est "As-tu un fusil de chasse et des pièges à loup ?" et proposer en rigolant de s'échanger l'adresse du couvent le plus proche. Et quand, vers 18 ans, vient le temps d'une sexualité possible, même si prématurée, aux yeux des parents, alors la maman ira voir sa fille pour lui expliquer que le premier devra être cher à son cœur, être quelqu'un de spécial, que sa fleur ne s'offre pas au premier venu, qu'il faut faire bien attention à bien le choisir car un premier ça compte beaucoup. Et quand cette dernière avouera qu'elle a déjà connu le loup il y a quelques années déjà, là, on demandera à la demoiselle délurée si elle est sûre que le garçon l'aimait vraiment, et si elle aussi l'aimait pour de vrai. On la mettra en garde contre le fait de ne pas simplement vouloir faire comme ses copines, et bien sûr on s’inquiétera du fait qu'elle ai pensé à se protéger des grossesses tout en lui souhaitant que ce soit son véritable amour en espérant qu'elle soit toujours avec bien sûr. Et si ce n'est pas le cas, elle aura surement le droit à "t'inquiète pas le prochain sera peut être le bon".
Ces deux comportements vous paraissent peut être caricaturaux, mais pourtant c'est du vécu autour de moi. Pour ma part, je dois avouer que j'ai commencé à ouvrir les yeux à la naissance de ma fille. C'est là que j'ai commencé à tiquer sur cette différence de discours qui m'étaient tenus entre mon fils et ma fille. Rien de méchant, juste des blagues qu'on se dit entre papas en riant de bon cœur et sans méchanceté aucune. De bon conseil qu'on donne, qu'on a donné ou qui nous ont été donnés. De belles phrases qu'on entend dans les films, les séries, les livres, les BDs et tout autre média. J'ai fini par y voir un dénominateur commun :
Mon fils devait être encouragé, ma fille devait être protégée.
C'est à ce moment que mon esprit fût pris d'un doute et commença à se poser ma question préférée. La question dont les réponses ne m'ont jamais déçu. Une question simple, et pourtant puissante. Cette question tient en un seul mot : "Pourquoi ?"
Pourquoi cette différence de traitement entre filles et garçons ? Qu'est-ce qui justifie cela ? Pourquoi devrais je protéger ma fille ? Contre quoi ?
Assez rapidement je suis arrivé à une conclusion assez dérangeante : si je devais protéger ma fille c'était parce que je devais encourager mon garçon et que si j'allais devoir encourager mon garçon c'est parce que j'allais apprendre à ma fille à se protéger. Nos filles doivent se méfier parce que nos fils apprennent à insister. Nos fils doivent insister parce que nos filles apprennent à se méfier. C'est sans fin.
Ainsi on finit par générer des comportements où les femmes se positionnent en proie et les hommes en prédateurs. Dit comme ça, ça peut vous paraître un propos féministo-extrémiste, le genre de propos balayé d'un revers de la main quand on ne sait pas trop quoi rétorquer à part que "non c'est pas vrai". Et pourtant, si on essaye d'inverser les rôles que se passe-t-il ?
Imaginons une femme seule dans un bar (déjà là c'est inhabituel) qui au lieu d'attendre patiemment qu'un homme vienne à elle pour lui payer un verre et lui dire que son père était un voleur car il a pris les étoiles du ciel pour les mettre dans ses yeux, va à la rencontre du gars à l'autre bout du bar sur qui elle a flashé, et lui propose de lui offrir un verre en s’asseyant à coté de lui et à la fin de la soirée l'invite chez elle pour "un dernier verre".
Je ne sais pas pour vous, mais moi ce genre de scène me parait de la science-fiction en l'état actuel des choses. En revanche, il m'a été souvent relaté la situation inverse par des amies et des amis. Et cette situation, dans laquelle l'un des protagonistes est en chasse et l'autre chassé, est régulièrement visible dans les lieux de sociabilisation mais avec l'homme dans la position du dragueur. D'ailleurs on dit bien un dragueur, pas une dragueuse. Pour les femmes on parlera plus souvent d'allumeuse dans ces cas-là. Un mot, qui même si dragueur est moins bien connoté maintenant, est quand même bien plus négatif et accusateur. Déjà parce qu'une allumeuse ça ne va pas au bout des choses, car rappelez-vous qu'une fille ne donne son corps qu'à un homme qu'elle aime et qui l'aime, ensuite parce que si ce n'est pas une allumeuse c'est que c'est une fille facile. Et là c'est encore pire.
Car oui, il y a pire qu'une allumeuse c'est une fille facile, celle qui se donne au premier venu (on notera au passage le terme "donner") ou bien trop rapidement.
Amusez-vous à faire la recherche suivante sur votre moteur de recherche préféré : "how many date before sex" ou en bon Français "combien de rendez-vous avant de coucher". Autant les articles que les commentaires de ces derniers vous montrerons que cette question est loin d'être une une question anodine pour beaucoup de femmes et d'hommes. Même si là encore, vous y verrez la différence de lecture de cette question. Les femmes se posent la question sous la connotation : "combien attendre pour ne pas avoir mauvaise réputation ?", alors que les hommes eux plutôt : "combien attendre pour ne pas la faire fuir ?". Là encore, l'un cherche à savoir jusqu'où il peut insister, l’autre jusqu'où elle peut résister.
Je digresse, je digresse, mais pas tant que ça. Car oui on en arrive à la fameuse phrase "on sait bien ce que les hommes ont dans la tête". Et ce que les hommes-chasseurs ont dans la tête c'est la volonté de chasser un trophée. Et ce trophée est situé entre les jambes des demoiselles-proies. Il devra pour l'obtenir user de ruses et de patience. Mais il n'est pas exclu que certains y préfèrent la méthode du piège et la force. C'est justement pour cette raison que nos demoiselles-proies devront quand à elle apprendre à se méfier, rester toujours sur le qui-vive et ne pas laisser penser qu'elle est une proie facile, au risque de voir défiler tout les hommes-chasseurs viandards et à se voir considérées comme une proie de piètre qualité et sans véritable intérêt puisque tout chasseur sait bien qu'il est plus glorifiant de réussir à obtenir une proie difficile.
Tout ceci étant dit, il reste un gros problème. Comment y remédier ?
On pourrait commencer par enseigner à nos fils qu'ils ne sont pas des chasseurs et à nos filles qu'elles ne sont pas des proies. C'est un très bon début, même s'il n'est pas exempt de problème pour eux car tant que la majorité ne sera pas éduquée comme cela, ils risquent de se voir jugés par les autres à la lumière ce qu'ils n'ont pas été éduqué pour être.
Reste aussi le problème pour ceux qui ne sont plus des enfants. Ainsi dans les lieux de drague et de rencontre, on retrouve d'un côté des femmes qui se comportent comme on leur a appris, telles des princesses dans leur tour attendant de voir si l'un des princes mérite son attention, et de l'autre des hommes se comportant aussi selon un schéma acquis et pour qui un "non" n'est qu'un "peut-être" et qui pensent que s'ils ne sont pas insistant ils n'auront rien. Et là, à moins d'une prise de conscience globale ça va être très dur. Mais je ne désespère pas. Car je sens poindre chez certaines de mes amies l'envie de ne plus répondre à ce schéma.
vendredi 9 mars 2018
Un coup de canif dans le contrat
Ça fait bien longtemps que je n’avais pas écrit ici. Non pas
que je n’avais pas d’idée, mais je trouvais que je n’avais rien de
véritablement intéressant à apporter dans les débats que j’avais. Donc comme le
disait une grande personne : quand on n’a rien à dire, il vaut mieux
fermer sa gueule.
Pour mon retour je vais vous raconter deux histoires.
La première c’est un ami qui est bien en peine dernièrement.
Avec sa femme ils ont passé un accord lors de leur mise en couple. Cet accord c’est
celui de la non-exclusivité libertine. Et dernièrement sa femme, qu’il aime plus que tout, lui a dit qu’elle
ne voulait plus libertiner avec lui, mais aussi qu’elle ne voulait plus qu’il
libertine tout seul, car ça lui faisait trop de mal de l’imaginer dans les bras
d’une autre. Le problème c’est qu’il aime beaucoup le libertinage, mais il aime
aussi beaucoup son amour. Il ne veut pas lui faire de la peine, mais il est malheureux
de faire une croix sur cette partie de son désir. Il ne sait pas comment
réagir.
La deuxième histoire est celle d’une amie qui est bien en
peine dernièrement. Avec son mari il se sont promis la fidélité. Et dernièrement
elle a découvert qu’il avait des maitresses. Il lui affirme qu’il l’aime
toujours, mais qu’il aime aussi aller voir ailleurs et qu’il souffrirait s’il
devait choisir de ne plus avoir ces petits moments à lui à côté. Elle l’aime,
mais l’idée de le savoir dans les bras d’une autre le fait souffrir. Elle ne
sait pas comment réagir.
Que pensez-vous de l’histoire de mes deux amis ? Moi en
tout cas j’ai un avis sur la question.
Et vous ?
En toute honnêteté à ce moment-là du récit, et ce même si
vous me voyez venir, combien d’entre vous on pensé qu’il était normal pour mon
ami de faire une croix sur le libertinage pour le bien de celui qu’elle aime et
combien d’entre vous ont pensé que mon amie devait quitter son mari ou lui
faire arrêter d’aller voir ailleurs !? Je ne pense pas me tromper en
disant que la majorité des gens lisant ces lignes vont se dire cela. En tout
cas, avant, je l’aurais fait. Mais ça c’était avant. Car maintenant je vois les
choses autrement. Par exemple, ici il y a une chose qui maintenant me saute aux
yeux : dans les deux cas c’est la même histoire et on nous a éduqué pour
ne pas le voir et pour les traiter différemment.
Dans les deux cas, il y a tromperie. Mon amie avait signé un
contrat moral d’exclusivité et son mari ne le respecte pas. Pire, il lui
demande a posteriori de pouvoir ne plus respecter ce contrat passé entre eux
pour que lui puisse en profiter. Il a choisi unilatéralement de rompre le
contrat qui les unissait et veux le lui imposer. En d’autre terme : il l’a
trompée.
Mon ami lui, a signé un autre contrat moral avec sa femme,
un contrat de non-exclusivité. Et c’est sa femme qui a décidé unilatéralement
de ne pas respecter ce contrat et veux lui imposer de ne plus le respecté pour
elle pouvoir en profité. En d’autre terme : Elle l’a trompé.
Dans les deux cas donc, notre réaction devrait être la même.
Que notre réaction soit dans les deux cas de l’acceptation ou de la vindicte,
mais que notre réaction soit la même. Pourquoi dans un cas devrions-nous trouver
normal que l’on demande l’exclusivité « par amour » après avoir promis
le couple libre, alors que dans l’autre cas nous devrions vilipender le satyre
qui ose aller coucher avec d’autre femme que la sienne ?
Un contrat c'est un accord entre deux parties ou plus. Cet accord peut être renégocié, mais si cela se fait c'est en acceptant la possibilité d'une fin car les négociations n'auront pas abouties. Cela doit se faire d'un "commun accord" justement. Là dans les deux cas, il y a eu accord, puis l'un des deux ne se sent plus bien dans les termes prévus. Ce sont des choses qui arrivent, et rien d'anormal ni de condamnable à cela. Le problème ici, c'est que dans les deux cas, ils choisissent de se libérer de ce contrat, et d'imposer à l'autre la rupture de celui-ci, en faisant au passage un petit chantage affectif. Cela s'apparente ici à ces sites, ou programmes, qui une fois qu'ils sont installés dans vos vies et habitudes changent les CGU avec comme choix : "j'accepte" ou "je désinstalle/supprime mon compte". On a toujours le choix certes, mais on a le choix entre perdre un acquis ou un autre. Peut on vraiment encore appeler cela un choix ?
jeudi 29 juin 2017
Hellfest, le carnaval médiéval moderne
Le Week-End du 17 Juin j'étais au Hellfest pour la troisième fois de ma vie. Et comme les deux fois précédentes en 2012 et 2015, j'y ai trouvé cette atmosphère particulière, une sorte de mélange de liberté et de défouloir, mais aussi un grand respect des uns et des autres.
Pour ceux qui ne le sauraient pas encore le Hellfest est un festival de musique metal qui se passe tous les ans depuis 12 ans à Clisson (44). Toutes les musiques "extrêmes" y sont représentées, du bon gros death metal qui tâche façon Gojira jusqu'au Hard-FM doucereux de Scorpion en passant par des trucs plus ou moins "pointus" comme In extremo, sorte de troubadours Teutons qui ont mis les doigts dans une prise ou encore Ultra Vomit, des Nantais qui font du heavy metal parodique bien délirant. Le tout en 160 concerts sur 6 scènes pendant 3 jours. Autant dire que ça envoie du lourd.
Et là, si comme Christine B. vous n'y connaissez absolument rien et que vous n'avez vu de loin que les pochettes de groupes de black metal, vous vous dites que c'est un endroit où les gens doivent faire la tête, être tous grimmés en noir et blanc, brûler des crucifix, et autres choses auxquelles on s'attend dans "un festival qui promeut et véhicule la culture de mort" (ou carrément sataniste selon Philippe DV.).
Mais si jamais vous avez fait un petit effort d'information et de recherche, en tapant simplement "Hellfest" dans un moteur de recherche, vous êtes tombés sur des images assez étonnantes. Cette année, celle qui tourne le plus est l'image d'une paraplégique qui slam sur la foule devant les mainstages. Image étonnante certes mais, croyez le ou non, image tout à fait normale dans ce festival, tous les ans des metaleux en fauteuils se retrouvent portés à bout de bras par d'autres metaleux. Vous trouverez aussi des gens déguisés, et pas tous en squelette ou en goules. Cette année j'ai pu croiser des licornes, Spiro le dragon, les Power Rangers, une momie, les tortues ninja, une princesse barbue, un gars habillé d'une simple chaussette, et encore plein d'autre. Et tout ce petit monde s'amuse dans la joie, la bonne humeur et la poussière (Car oui s'il est un fléau au Hellfest quand il faut chaud et sec c'est bien celui de la poussière).
L'autre chose intéressante au Hellfest, c'est qu'on est tous là bas dans nos "habits du dimanche", on a, en tout cas pour ceux qui ne se déguisent pas pour le festival, enlevé nos déguisements de travail pour se glisser dans nos blousons en cuir ou en jean patchés, nos pantalons treillis, kilt et autres T-shirt à l’effigie de nos groupes préférés. Comme vous le savez sûrement, le code vestimentaire est un fort marqueur social, on se trouve donc, l'espace d'un Week-End, à égalité. On pourra ainsi croiser trois personnes discutant du groupe qu'il faut aller voir tout en échangeant une bière sans réussir à distinguer celui d'entre eux qui est ouvrier tourneur-fraiseur, PDG d'une PME ou cadre dans un boite d'assurance. Et il y a de grande chance aussi, à moins de le connaitre, que vous ne réussissiez pas à deviner si l’énergumène qui a gueulé "APÉRO !!!" devant votre tente à 5h du mat avant d'aller se coucher est en fait DRH dans une SSII à la défense ou étudiant en deuxième année de lettre classique.
Réfléchissant à tout ça pendant ce WE, je me suis rappeler d'un livre que j'ai eu étant enfant "la vie privée des hommes - Au temps des chevaliers et des châteaux forts". Dans ce livre (qui appartient à une collection qui introduisait l'histoire auprès des enfants) il y avait un chapitre sur le carnaval au moyen-age. Le carnaval médiéval y était décrit comme un moment dans l'année de liberté presque totale, un moment où les rangs sociaux étaient effacés, le riche marchant pouvant côtoyer le cerf, l'un déguisé en l'autre. Les comportements absurdes et le lâcher prise y était accepté voire encouragé. Et en y pensant le Hellfest c'est tout à fait ça. Pendant ces quelques jours tout le monde y est égal, on peut tout y vivre (mais pas n'importe quoi), certains diront même en plagiant le célèbre dicton de Las Vegas : "Ce qui se passe à Clisson ! Reste à Clisson !".
A titre d'anecdote, je m'en vais vous conter nos voisins de camp cette année. Quand nous sommes arrivés le jeudi après midi, ils étaient déjà installéd et avaient visiblement commencé à se rafraîchir le gosier à l'aide de la boisson houblonnée drogue officiel des metaleux. Ils parlaient fort, très fort. Ils étaient très excités, leur camp au fur et à mesure du WE s'est couvert de cadavres de bouteilles et ils ont braillé tout le WE. Ca sentait la finesse à plein nez. Quand est arrivé le lundi matin, comme par un coup de baguette magique, leur comportement a changé au moment de plier les tentes, je ne voyais plus les mêmes personnes, les propos étaient posés et sages. Je ne sais pas ce que le "chef" du groupe fait dans la vie, mais vu comment il se comportait et comment il gérait sa troupe à ce moment là, je ne serait pas étonné d'apprendre qu'il soit cadre, ou même gérant d'une PME. Leur camp qui quelques heures avant était limite un dépotoir de cadavres de bouteilles se trouva à leur départ ne laisser qu'un petit monticule de poubelles triées, vert pour le verre, jaune pour le carton et les canettes, bleu pour le reste. Laissant aux bénévoles le soin de récupérer cela comme il se doit.
Voilà donc l'idée, pendant ces quelques jours, nous étions "autres", nous avons pu libérer la pression, nous retrouver entre personnes partageant un simple goût commun pour des musiques particulières. Bon tout n'est pas tout rose non plus, y a des trucs pas cool, certains ne savent pas tenir l'alcool, et ne savent pas s'arrêter. Mais je dois dire que je n'ai pas remarqué de nuisance particulièrement marqué, au contrairement même.
Et puis je préfère me focaliser sur ce qui me surprend toujours agréablement comme ces petits moments de partage et d'entraide qu'on peut voir là-bas. Un de ces points emblématiques est qu'au Hellfest, lors d'un circle pit si tu tombes tu trouveras quelqu'un pour te récupérer par le colback et te remettre sur pied avant de te faire mal. Des petits moments de libertés individuelles et collectives aussi, qui permettent, par exemple, à certaines femme de se balader seins nus sans qu'on les fasse chier. Et d'ailleurs gare aux fâcheux qui ne comprendraient pas qu'il faut se contenter de regarder poliment, car les dames là-bas ne sont pas des demoiselles en détresse, et au pire elles peuvent compter sur les autres autour en cas de besoin.
Vous l'aurez compris, j'adore ce festival, autant pour la musique que pour son ambiance. J'aime ce coté "soupape" de liberté. Et j'espère que nous saurons le conserver encore longtemps.
dimanche 28 mai 2017
Paternité et généalogie
Il est une question qui arrive très rapidement quand on parle de Polyamour c'est : "Mais comment vous faites avec les enfants pour savoir qui est le père !?"
Ce questionnement montre, selon moi, deux choses :
La première c'est que le premier raccourci qui est fait c'est Polyamour = sexe dissolu. Car oui c'est bien connu, une relation amoureuse ce n'est pas que pour le sexe il y a quelque chose en plus, mais seulement dans le cas des relations monogames et hétérosexuelles, car sans l'un de ces deux critères alors on est forcément dans la luxure et donc qui dit luxure dit : on baise tout ce qui passe et on se fait sauter par tout ce qui traîne, et pas besoin de demander les noms.
A cette affirmation, je répondrais : quand bien même on n'est pas dans un film américain et qu'au 21ème siècle il est possible de gérer sa conception et que quand bien même une femme aurait des rapports multiples, non protégés, sans attention particulière, dans un temps court autour de la période d'ovulation avec plusieurs hommes ayant un physique très proche, il existe maintenant des tests ADN non invasifs et abordables qui pourront répondre à vos questionnements (Attention cependant ces tests ne sont pas légaux en France). Mais plus simplement sinon : On sait se tenir !
En y réfléchissant un peu plus on peut voir que cette question implique un amalgame entre père et géniteur et que le premier ne peut l'être que s'il est le second. Et c'est vrai que c'est intuitif, c'est logique, c'est normal...J'ai fait un enfant je suis son géniteur donc je l'élève, je suis donc le père. Quoi de plus "naturel" à ça ?
On connaît tous pourtant des personnes dont le géniteur n'est pas le père de l'enfant. Un homme qui sachant, ou non, qu'il n'est pas celui qui a mis la "petite graine" l'a éduqué, élevé, a pourvu à ses besoins. Avec un taux de divorce de plus de 50% on connaît tous aussi des marâtres et des parâtres qui s’occupent d'enfants comme s'ils "étaient les leurs", pour certains même mieux que leurs géniteurs ou génitrice. On pourrait aussi parler de ces parents dont les enfants ont été adoptés, qui prouvent que l'amour filial n'est pas qu'une question de génétique.
Et pourtant cette idée de vouloir limiter la parentalité à la génétique est encore vivace et puissante. A tel point que dans beaucoup de films, séries et média de divertissement on nous raconte l'histoire de l'enfant qui rejette son père ou sa mère pour aller chercher son géniteur ou sa génitrice et nouer des liens d'instinct beaucoup plus puissants que les autres simplement parce que "ils sont du même sang". C'est même un des poncifs des séries américaines qui m'énerve le plus.
Sur le plan de la génétique évolutive ça se tient. On veut que ce soit ses propres gènes qui perdurent car on veut que notre patrimoine génétique reste dans la lignée humaine à l'avenir. Pourtant ça fait un moment qu'à quelques pathologiques exceptions près, les mâles humains ont arrêté de zigouiller les petits des femelles qu'ils venaient de conquérir. Donc le coté "c'est la nature qui veut ça" il est quand même assez limité.
Et même sans aller jusque là, comme je viens de le dire, il existe beaucoup de parâtres et de marâtres qui éduquent leur beau-fils et belle-fille sans être ce que les contes de fées ont dépeint et réussit à faire entrer dans le langage courant. J'imagine qu'à de rares exceptions près, en lisant ce texte vous avez tiqué sur ces mots et vous avez à la lecture de marâtre vu au choix, celle de Blanche-neige ou celle de Cendrillon. Vous ne saviez peut-être même pas que marâtre ne voulait dire autre chose que "mauvaise belle-mère" et l’existence du mot parâtre vous était probablement inconnue. Et pourtant ces mots ne sont pas négatifs à la base, et ne sont que des indicateurs de liens familiaux.
<aparté> il est intéressant de voir comment dans le langage courant, en même temps que "marâtre" et "parâtre" ont disparu pour être remplacé par "beau-père" et "belle-mère", qui sont à la base les parents du conjoint, les termes "gendre" et "bru" ont eux à l'inverse été remplacé par "beau-fils" et "belle-fille". Enfin surtout bru, gendre est encore utilisé. Résultat on se retrouve dans une discussion à devoir préciser de qui on parle. Car le fils de mon beau-père c'est mon beau-frère, mon demi-frère ou bien une personne totalement étrangère à ma généalogie qui est le fils du second mari de ma mère, qu'il a eu avec sa première femme. Bon, il se trouve que ma femme n'a qu'une sœur, ça simplifie, mais ça me laisse quand même deux possibilités :)
</aparté>
Mais alors pourquoi cette idée est elle si ancrée encore à l'heure des familles recomposées ? Depuis que j'ai commencé à écrire ces lignes je pense très fortement à deux marâtres de mes amies (elles détestent que je les appelle comme ça *Troll*) et qui me disent toutes les deux la même chose : elles aiment leurs beaux-enfants comme les leur et se sentent un devoir envers eux qui est le même qu'envers leurs propres enfants. Elles les aiment de la même manière, elles les aident de la même manière, elles les engueulent de la même manière. Le problème, pour l'une des deux en tout cas, c'est la mère qui semble se sentir en danger vis à vis de cet amour. la maman semble avoir peur d'être dépossédée de l'amour de son enfant et de la possibilité de l'aimer si la marâtre peut en faire autant. En conséquence elle développe une forte antipathie pour mon amie et semble faire preuve, en tout cas de ce qu'on me rapporte, d'un comportement de jalousie compétitive.
En fait on y revient encore. On ne peut aimer que ce qu'on possède et on possède ceux qu'on aime.
mardi 4 avril 2017
La société, le sexe et la violence
Il y a une chose que j’ai toujours du mal à appréhender dans notre société c’est son rapport au sexe et à la violence et par extension le rapport que celle-ci entretient avec la notion de protection des mineurs.
Je suis toujours surpris de voir les réactions des parents autour de moi sur ces sujets. A titre d’exemple voici une petite anecdote :
Un jour discutant avec les parents d’amis de mes enfants, je faisais part du fait que je ne voulais pas que mon fils joue à GTA V et que de ce fait il arrivait qu’il se fasse éjecter par les dit copain parce que s’il est là ils ne peuvent pas jouer (oui mon fils est visiblement obéissant sur le sujet. Jusqu’à quand ? telle est la question). Réponse du papa : « Oh faut pas t’en faire, les scènes qui dérangent sont bien cachées, ce n’est pas obligé pour avancer dans le jeu ».
Le discours ici est typique de ce que je rencontre autour de moi : ce qui gêne ce sont les scènes de sexe potentielles. Le fait que le jeu soit basé sur un personnage de malfrat qui tabasse, tue et vole n’est pas dérangeant car « ce n’est qu’un jeu », mais le fait que le personnage puisse avoir un rapport sexuel explicite dans le jeu, ça pourrait l’être, mais heureusement c’est « bien caché ». C’est d’ailleurs pour ça qu’un enfant de 9 ans peut jouer à CoD avec l’approbation de ses parents : il n’y a pas de sexe, c’est juste une FPS...
Par contre souvent quand ces mêmes parents viennent à la maison et voient que dans nos toilettes trônent les Fluide Glacial, certains d'entre eux vont nous poser la question suivante de manière faussement candide : « Mais vous n’avez pas peur s’ils lisent ça ? Ce n’est pas de leur âge, ça parle de sexe et il y a des bites (mot chuchoté) dessinées partout » ou quelque chose d’approchant.
Il semble que le sexe reste quelque chose de mal pour la plupart des adultes, un truc honteux dont il faut protéger les enfants le plus longtemps possible. Car s’ils venaient à voir des êtres copuler pourraient être irrémédiablement traumatisés. A contrario la violence est quelque chose de normal et un enfant peut tout à fait faire la différence entre jeu et réalité et le fait de voir un individu exploser la tête de l’autre à l’aide d’une batte n’est pas grave dans un média.
Et c’est là où moi je ne comprends plus. Le sexe c’est 2 personnes (ou plus ne soyons pas étroits d'esprit) qui se donnent et reçoivent du plaisir. Un bon moment échangé qui laisse de bonnes sensations quand il est bien fait. La violence ce sont des coups, des cicatrices, des séquelles et parfois la mort ! En quoi le sexe serait il grave et dangereux ? En quoi la violence serait elle banale et légitime ? Pour ma part je préfère que mon fils me pique mes Manara ou ma collection Rombaldi des Chefs d’œuvre de la BD érotique plutôt que d’autre BD où l’on a des scènes de fusillade, de mort et autre truc bien sanglant. Je trouve aussi étonnant qu’Emmanuelle, film érotique des années 70 soit toujours « Interdit au moins de 16 ans », alors que L'Exorciste, film d’horreur de la même période est quand à lui maintenant déclassé et seulement « Interdit au moins de 12 ans ». De même j'ai été très surpris dernièrement en allant voir Logan. Le film est « déconseillé au moins de 12 ans », je m'attendait à un truc assez gentillet comme le furent les premier X-Men. Ma surprise fut de taille à la vision de la première griffe en adamantium traversant le crâne d'un individu qui venait de tirer à coup de fusil à pompe sur un Logan en colère.
Pour être clair, l’état Français considère que je peux regarder L'Exorciste avec mon fils, ou qu'il peut aller voir Logan au cinéma, mais que je suis répréhensible si je lui laisse la possibilité de voir Emmanuelle. Pourtant, je pense que si je lui montre le premier il sera clairement traumatisé, et pour longtemps lui donnera des cauchemars, alors qu’avec l’autre au pire, il sera gêné et aura matière pour ses premiers rêves érotiques qui ne devraient plus tarder.
Je conçois et approuve le fait qu'il y ait des restrictions, tout n'est pas visible à tout âge, mais je ne comprends pas pourquoi ce laxisme sur la violence et au contraire ce déchaînement sur ce qui se rapporte au sexe. Il n'y a qu'à voir les réactions outrées des associations de parents d'élève parce que une des tours du château de la petite sirène ressemble à leur dildo, ou bien que le prêtre semble avoir la gaule lors du mariage (alors qu'en fait c'est son genou), alors qu'ils sont plutôt muets sur le fait que dans la Belle et la bête on a un homme caractériel et violent qui emprisonne une jeune femme et que celle-ci va développer le syndrome de Stockolm et finir par l'épouser.
Est-ce vraiment ça la « normalité » ? Est ce vraiment ça que nous devons léguer à nos enfants, un monde où le plaisir partagé est honteux et sale mais où la violence et la haine sont de simples sources de divertissement ?
Le pire c’est qu’en écrivant ça, je m’aperçois que moi-même un film Emmanuelle ça me fait chier alors que j’adore L’Exorciste et que j'ai trouvé Logan très bon. Etre témoin d’horreur est donc aussi pour moi source de divertissement et regarder du sexe source d’ennuis.
On a beau s’en défendre de toute nos forces mais même les plus athées d’entre nous sont encore bien marqués par le sceau de la sexualité Abrahamique dans laquelle baigne notre société judéo-chrétienne, cette sexualité honteuse source de tous les maux (et surement du péché originel) et dangereuse dont il faut protéger les innocents le plus longtemps possible. Et quand je dis innocent, je devrais plutôt dire innocente car c’est surtout nos filles, nos femmes, nos mères qu’il faut protéger. Car tous les hommes « savent bien ce que les autres hommes ont dans la tête ». Mais ceci est encore une autre histoire pour un autre billet... Peut-être !
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